février 6, 2012
Le Long Des Rives
LE LONG DES RIVES
William Lip
LE SECRET DU TEMPLE
Résumé: Ce roman retrace la vie d’un homme Elie, et d’une femme Reizy, dont les destins se trouvent mêlés à l’histoire du peuple Juif au 20ème siècle…
legion juive 1917
1901
Soudain le vacarme incessant de la place Djema-El-Fnaa semblait s’éloigner comme aspiré par le soleil couchant. Des volutes de fumée s’élevaient au-dessus de la foule et le temps semblait suspendu l’espace d’un instant. C’est à ce moment que le Muezzin entonnait le credo Musulman: “Allah est grand, il n’y a pas d’autre Dieu, et Mohammed est son prophète”. Pour Elie c’était l’heure de presser le pas. Son père l’attendait à la synagogue, la prière du soir allait commencer. Il adorait flâner sur la place ou les raconteurs d’histoires faisaient concurrence aux charmeurs de serpents et par-dessus tout il adorait voir arriver les caravanes apportant épices, tapis et tissus de toutes les couleurs au marché bariolé et parfumé de Marrakech.
L’entrée du Mellah, le quartier réservé au Juifs, était facile à reconnaître, il y avait plusieurs bijouteries et magasins de tissus dans la rue qui menait à celui-ci, et l’animation était grande avant le shabbat. Les magasins devaient fermer avant le coucher du soleil, et il était dur de mettre un client dehors.
Elie connaissait par cœur les dédales des petites ruelles menant chez lui. Les cuisines exhalaient à la venue du shabbat. Couscous, dafina, et autres spécialités attisaient les papilles.
Mais d’abord l’obligatoire passage à la synagogue. C’est que son père était le président de la communauté et se devait d’avoir tous ses enfants près de lui pendant l’office. Il chantait les refrains liturgiques avec une telle ferveur et une telle joie que les textes sont restés imprégnés au plus profond d’Elie. Viens shabbat, viens comme une fiancée vers ton bien aimé… Ecoute Israël, l’éternel est notre Dieu, l’éternel n’est qu’un…Béni sois-tu, toi qui ressuscite les morts…Qu’elles sont belles les filles de Jérusalem…
Et puis à la fin de la cérémonie, la bénédiction du vin. Après avoir rappelé que le monde a été créé en 6 jours et que le septième jour est destiné au repos, le fruit de la vigne est béni.
C’est quand même bizarre, pensait Elie, « nos voisins musulmans n’ont pas le droit de boire du vin, et nous y sommes obligés! Et comme c’est une obligation, et bien moi, je n’aime pas le vin ».
Pourquoi les pères Juifs doivent-ils tellement discuter? J’avais hâte de rentrer à la maison pour goûter du couscous spécial Mama. Mais aujourd’hui la discussion semblait avoir pris un tournant très sérieux. Le cousin David qui habitait à Paris et tenait une maroquinerie fort prisée nous faisait savoir qu’il y avait beaucoup de remous à Paris et qu’on lui avait saccagé la vitrine parce qu’un certain capitaine Dreyfus aurait vendu des secrets français aux Allemands. Forcément l’état major français ne pouvait pas faire confiance à un Juif, Alsacien de surcroît pendant l’occupation de l’Alsace par l’Allemagne.
Mon père trouvait que les Juifs ne devaient pas se mêler de politique, que ça se retournait toujours contre eux. Le secrétaire, Milou Cohen par contre, trouvait qu’il fallait faire comme disait le journaliste Herzl qui suivait le procès et relatait un tas d’invraisemblances dans l’accusation: s’organiser politiquement pour défendre les intérêts des Juifs, et même créer un état Juif.
Mais là il allait trop loin. C’était du blasphème, défaire ce que Dieu avait fait, sans attendre le messie. Et puis ça risquait de déranger les bonnes relations avec les autorités qui protégeaient les peuples du livre. C’est de l’inconcevable, il faudrait des soldats pour protéger ce pays. Ca pousserait les jeunes soldats à tuer. C’est péché! Tu ne tueras point!
Mon père s’énervait, devenait tout rouge. Il fallait aider le cousin David, mais il ne fallait pas blasphémer. Etant tout de même un homme avec un esprit pratique, il se calmait et proposait de se retrouver après les prières de shabbat pour décider de ce qu’il fallait faire. Lire la suite »
